Paroles non officielles
Translated to English here
Matin où vont des jeunes filles en retard
Filets levés, filets séchant des amoureuses
Matin, naissent dans le secret les cuivres forts dessous les formes et jusqu’au fruit le soir du jour saignant
Matin, la cigarette blanche et fine dans les doigts la vie redonnée
Redonnée
Matin, sur le dos de la main posée, la mandarine et toutes choses que je crois
Matin, la résurgence des paroles souterraines, une douleur sereine et le rachat
De toutes les paroles par la pierre
Je débarquais d'un monde où l'envie fait le moine
J'avais au fond du coeur une rage d'aimer
Donc je me bâtissais des châteaux en espagne
pour une infante et un baiser.
Le lourd moi-même qui traînait dans mon bagage
S'est installé de force au fond de ta maison
et j'ai passé la mer et j'ai passé le gué
Et voici l'espagne gagnée.
J'ai eu mille baisers de l'infante sauvage
Dans un désert sans eau j'ai planté un verger
Il coule une rivière aujourd'hui sous tes lèvres
La source d'eau et tes rosiers.
Je me suis bien battu contre la nuit glaciale
J'ai fécondé le sable où tu étais couché
J'enfonçais mon couteau, je fouillais dans ta plaie
Et tu saignais j'étais sauvé.
Mais nous voilà ce soir, silencieux face à face
Me voilà devant toi, loin de toi, fatigué
Comme nos yeux sont secs nos lèvres sans baisers.
Amants nous sommes, séparés.
Le charme est donc rompu, la fée redevient femme
Je me suis donc trompé si l'on touche la fée
L'enchantement s'en va, je retrouve la fée
épaisse hélas, et séparé.
Je repart sur ta route encore à ta rencontre
patiemment longuement comme on tresse un panier
Comme la pluie ravive un jardin oublié
Comme la pluie je viens je t'aime
Je plante un arbre sec dans le ventre du feu La mèche usée du jour charbonne sous la pluie Naissent les bruits du soir j'entends renter les boeufs La pendule a moulu des minutes de suie
Je suis plus près de toi Qui brouilles le parcours Et qui laisses ma voix Dériver sur les mares
Je suis plus près de toi Que le vent dans les tours Que le dégoût des jours Qui s'attable et me nargue
Je saurai désormais comment souffrir d'amour Perdu au bord des champs dans les boues de l'automne Je connaissais la peine à Paris dans les tours C'est bien une douleur pareille, un même cours
Je suis plus près de toi, Qui brouilles le parcours Et qui laisses ma voix Dériver sur les mares
Je suis plus près de toi, Que le vent dans les tours Que le dégoût des jours Qui s'attable et me nargue
L'hiver est un roi mort empenné de corbeau Il ouvre, il m'attendais, il me rit comme un frère Les chambres sont parées d'un damier de vieux os L'âge que j'ai ce soir pèse comme une pierre
Je suis plus près de toi, Qui brouille le parcours Et qui laisse ma voix Dériver sur les mares
Je suis plus près de toi, Que le vent dans les tours Que le dégoût des jours Qui s'attable et me nargue.
Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S'en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,
L'âme de son enfant livrée aux répugnances.
Tout le jour il suait d'obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies.
Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s'ouvrait sur le soir : à la lampe,
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L'été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
À se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s'illunait,
Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son oeil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, il déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s'effrayait ; les tendresses, profondes,
De l'enfant se jetaient sur cet étonnement.
C'était bon. Elle avait le bleu regard, qui ment !
À sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rives, savanes ! Il s'aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l'il brun, folle, en robes d'indiennes,
Huit ans, la fille des ouvriers d'à côté,
La petite brutale, et qu'elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,
Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons ;
Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.
Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
Des rêves l'oppressaient chaque nuit dans l'alcôve.
Il n'aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu'au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !
Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d'humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, seul, et couché sur des pièces de toile
Écrue, et pressentant violemment la voile !
Suffit-il donc que tu paraisses
De l'air que te fait rattachant
Tes cheveux ce geste touchant
Que je renaisse et reconnaisse
Un monde habité par le chant
Elsa mon amour ma jeunesse
O forte et douce comme un vin
Pareille au soleil des fenêtres
Tu me rends la caresse d'être
Tu me rends la soif et la faim
De vivre encore et de connaître
Notre histoire jusqu'à la fin
C'est miracle que d'être ensemble
Que la lumière sur ta joue
Qu'autour de toi le vent joue
Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble
Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix
D'une aile à la cime des bois
L'arbre frémit jusqu'à la souche
C'est toujours la première fois
Quand ta robe en passant me touche
Ma vie en vérité commence
Le jour où je t'ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m'as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence
Tu vins au coeur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j'ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi
Si tu t'en vas
Si tu t'en vas un jour
Tu m'oublieras
Les paroles d'amour
ne voyag' pas
Si tu t'en vas
La mer viendra toujours vers le rivage
Les fleurs sauvages
Dans les blés lourds viendront toujours...
Si tu t'en vas
Si tu t'en vas un jour
Tu m'oublieras les blessures d'amour
Ne s'ouvrent pas
Si tu t'en vas
La source ira toujours grossir le fleuve
Les amours neuves
Vers les beaux jours Iront toujours...
Si tu t'en vas
Si tu t'en vas un jour
Tout finira
Les choses de l'amour
Ne vivent pas
Si tu t'en vas
La mort vaincra toujours la fleur de l'âge
C'est son ouvrage
Malgré l'amour
Qui meurt toujours...
Si tu t'en vas
Si tu t'en vas un jour
Rappelle-toi
Les paroles d'amour
Ne s'envol'nt pas
Si tu t'en vas
Au-delà de la vie vers la lumière
O? les prières
N'arrivent plus
Ell's sont perdues...
Si tu t'en vas
Si tu t'en vas un jour
Dans ces coins-là
Nous parlerons d'amour
Comme autrefois...
Si c'est possible!
Paroles non officielles
Translated to English here.
Je meurs avec humour, je meurs modestement
Je n'ai même pas mis mes habits du dimanche
Je ne suis pas de ces pépés grincheux, aigris
Je meurs sans prétention, je regarde la Loire
couler devant chez moi avec des enfants nus.
Le ciel avec dans l'oeil son ultime hirondelle
Ainsi s'en va ma vie et mon sang qui s'endort
Reste les grands oiseaux qui dorment sous les feuilles
Reste vos longs cheveux et le soleil dans l'eau
On vit, on ne sait quoi, on ne sait pas comment
Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas encore
J'ai eu mon âge d'homme un matin, par hasard
J'ai vendu ma jeunesse à un jongleur de foire
Je sentais tout mes jours percés d'air et d'oiseaux
Ma vie en moi, mon sang comme une certitude
Ma vie comme une dent qui mangeait de la mort
Un grand bonheur idiot qui s'emmêlait les ailes
Voilà le pont qui claque et la drague qui geint
J'ai tenté mais la vie je m'en voudrais un peu
de me mettre à genoux pour lui lêcher les bottes
Je m'éloigne de l'eau, je m'en vais, tout est bien
J'oublie même d'organiser mes chrysenthèmes.
A mon mariage aussi j'ai été en retard
et en cachette je te caressais les fesses
Elle est morte avant moi c'est tant pis, c'est très bien
Je m'efface à mon tour sans discours sans supplique
Laissons les immortelles nous parler de la mort
Je m'en fous de ma mort et du marbre et des fleurs
Je vis encore et je ne veux pas qu'on en parle
J'entends le pas pointus des femmes sur le quai
Je les suis, je les veux, c'est toi et je t'épouse
Il fait chaud et la Loire s'étire et s'étend
J'ai bien roulé à gauche aussi du temps des fraises
La bouche ensalivée, je vais où je m'endors
J'ai vécu ma vie pleine comme une écriture
et la dernière phrase n'est pas écrite encore
Il est très tard ce soir et je suis seul, je rêve.
Je te dirais, Je te dirais
Avec mon habituel soucis des formes.
"Aimons Madame!"
Ou bien l'œil glacé
"Déshabille-toi"
Ou encore car je serais certainement impitoyable
je glisserais à voix imperceptible
"Insultez-moi"
Tu t'exécuteras comme un solo dans une partition baroque
Nous nous mépriserons bien sûr sans y croire
Pour en venir là
Ce sera bon
Nous nous ferons l'effet de sortir tout droit des mémoires
D'un couple de tarés notoires à Locarno
en dix neuf cent vingt trois
Je serais inflexible et pâle comme un prince des Carpates
Ayant fuit dans les fourgons des russes blanc, l'enfer des bolcheviques
Après avoir joué du piano, d'ailleurs mal, dans le palais d'hiver en flamme
Avec la dernière bande de noctambules et d'hystériques.
Tu seras l'ancienne maîtresse du chef d'un parti latino-bulgare
Le jour où il aura eu été tué, tu auras eu été en vacances à Ibiza
Puis tu auras été hôtesse à la grande poste de Tarbes
et petite amie du ministre des cultes Arabas.
D'une effrayante mauvaise foi, il va sans dire, tu seras
Mais si fragile.
Personne ne m'a jamais aimée sera ta devise, on y croira
Tu auras sur ton visage des petits matins d'effets d'effroi
Comme des villes
Et dans ta tête des déserts immenses où la mélancolie fera
des îles
Moi avec mes silences longs comme des quais de gares
Parcourus de mots cinglants et doux comme les grand express
On me supposera je ne sais quel talent rare
On attendra que parle l'oracle
Et lui attendra que la rumeur cesse
Ne reculant jamais, devant ces gros portefeuilles
Avec leur air de matins calmes
Tu te lanceras dans la dernière étape de ton tour de l'avenir
Un vrai mariage avec un énarque surdoué très plat très bête
et très brave
que tu tromperas avec de jeunes pédés hâbleur
et des vieux de l'académie
Tu réapparaîtras de loin en loin, en exigeant que je m'explique
Tu fourniras des arguments comme: "Prouves-moi que tu m'aimes pas"
Nous nous ferons alors subir les avant-derniers outrages, pathétiques
Nous réservant toujours un petit dernier pour la prochaine fois
Je sévirais car il faudra aussi que je sévisse
Je te sous-louerais aux enchères publiques et tu aimeras ça
En avant pour les scénarios, les contre-plongées, les obscénités mystiques
Et nous nous enfermerons comme chaque fois dans nos beaux draps
Tordue, tordue comme tu es
Un jour qu'on se donnait des gages
Et que je t'ordonnais de te montrer nue à l'opéra
Tu as plus subtilement exigé de moi, que je m'engage
à écrire une chanson pour que les gens voient
comme je suis, et n'y croient pas.
On se croit libre alors qu'on imite On fait l'homme
On veut dans cette énorme et plate singerie
Lire on ne sait trop quelle aventure à la gomme
Quand bêtement tous les chemins mènent à Rome
Quand chacun de nos pas est par avance écrit
Regardez ces jeunes gens avec ce qu'ils traînent
la superstition qui s'attache à leurs pas
comme une branche morte et comme à la carène
d'un bateau démâté le chant de la sirène
contre quoi rien ne sert boussole ni compas
Regardez ces jeunes gens Qu'est-ce qui les pousse
Comme ça vers les bancs de sable les bas-fonds
Ils n'avaient après tout de neuf que la frimousse
Eux qui faisaient tantôt les farauds ils vont tous
Où les songes d'enfance à la fin se défont
Bon Dieu regardez-vous petits dans les miroirs
Vous avez le cheveu désordre et l'oeil perdu
Vous êtes prêts à tout obéir tuer croire
Des comme vous le siècle en a plein ses tiroirs
On vous solde à la pelle et c'est fort bien vendu
Vous êtes de la chair à tout faire Une sorte
De matériel courant de brique bon marché
Avec vous pas besoin d'y aller de main morte
Vous êtes ce manger que les corbeaux emportent
Et vos rêves les loups n'en font qu'une bouchée
Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé
Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli
Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu
Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.
D'abord d'abord y a l'aîné Lui qui est comme un melon Lui qui a un gros nez Lui qui sait plus son nom Monsieur tellement qui boit Ou tellement qu'il a bu Qui fait rien de ses dix doigts Mais lui qui n'en peut plus Lui qui est complètement cuit Et qui se prend pour le roi Qui se saoule toutes les nuits Avec du mauvais vin Mais qu'on retrouve matin Dans l'église qui roupille Raide comme une saillie Blanc comme un cierge de Pâques Et puis qui balbutie Et qui a l'oeil qui divague Faut vous dire Monsieur Que chez ces gens-là On ne pense pas Monsieur On ne pense pas on prie
Et puis y a l'autre Des carottes dans les cheveux Qu'a jamais vu un peigne Ouest méchant comme une teigne Même qu'il donnerait sa chemise A des pauvres gens heureux Qui a marié la Denise Une fille de la ville Enfin d'une autre ville Et que c'est pas fini Qui fait ses petites affaires Avec son petit chapeau Avec son petit manteau Avec sa petite auto Qu'aimerait bien avoir l'air Mais qui n'a pas l'air du tout Faut pas jouer les riches Quand on n'a pas le sou Faut vous dire Monsieur Que chez ces gens-là On ne vit pas Monsieur On ne vit pas on triche
Et puis y a les autres La mère qui ne dit rien Ou bien n'importe quoi Et du soir au matin Sous sa belle gueule d'apôtre Et dans son cadre en bois Y a la moustache du père Qui est mort d'une glissade Et qui recarde son troupeau Bouffer la soupe froide Et ça fait des grands chloup Et ça fait des grands chloup Et puis il y a la toute vieille Qu'en finit pas de vibrer Et qu'on n'écoute même pas Vu que c'est elle qu'a l'oseille Et qu'on écoute même pas Ce que ses pauvres mains racontent Faut vous dire Monsieur Que chez ces gens-là On ne cause pas Monsieur On ne cause pas on compte
Et puis et puis Et puis y a Frida Qui est belle comme un soleil Et qui m'aime pareil Que moi j'aime Frida Même qu'on se dit souvent Qu'on aura une maison Avec des tas de fenêtres Avec presque pas de murs Et qu'on vivra dedans Et qu'il fera bon y être Et que si c'est pas sûr C'est quand même peut-être Parce que les autres veulent pas Parce que les autres veulent pas Les autres ils disent comme ça Qu'elle est trop belle pour moi Que je suis tout juste bon A égorger les chats J'ai jamais tué de chats Ou alors y a longtemps Ou bien j'ai oublié
Ou ils sentaient pas bon Enfin ils ne veulent pas Enfin ils ne veulent pas Parfois quand on se voit Semblant que c'est pas exprès Avec ses yeux mouillants Elle dit qu'elle partira Elle dit qu'elle me suivra Alors pour un instant Pour un instant seulement Alors moi je la crois Monsieur Pour un instant Pour un instant seulement Parce que chez ces gens-là Monsieur on ne s'en va pas On ne s'en va pas Monsieur On ne s'en va pas Mais il est tard Monsieur Il faut que je rentre chez moi
Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D'atteindre l'inaccessible étoile.
Telle est ma quête,
Suivre l'étoile
Peu m'importent mes chances
Peu m'importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l'or d'un mot d'amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon cœur serait tranquille
Et les villes s'éclabousseraient de bleu
Parce qu'un malheureux
Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s'en écarteler
Pour atteindre l'inaccessible étoile.
Mon Dieu, mon Dieu, cela ne s’éteint pas
Toute ma forêt, je suis là qui brûle
J’avais pris ce feu pour le crépuscule
Je croyais mon cœur à son dernier pas.
J’attendais toujours le jour d’être cendre
Je lisais vieillir où brise l’osier
Je guettais l’instant d’après le brasier
J’écoutais le chant des cendres, descendre.
J’étais du couteau, de l’âge égorgé
Je portais mes doigts où vivre me saigne
Mesurant ainsi la fin de mon règne
Le peu qu’il me reste et le rien que j’ai.
Mais puisqu’il faut bien que douleur s’achève
Parfois j’y prenais mon contentement
Pariant sur l’ombre et sur le moment
Où la porte ouvrant, déchire le rêve.
Mais j’ai beau vouloir en avoir fini
Chercher dans ce corps l’alarme et l’alerte
L’absence et la nuit, l’abîme et la perte
J’en porte dans moi le profond déni.
Il s’y lève un vent qui tient du prodige
L’approche de toi qui me fait printemps
Je n’ai jamais eu de ma vie autant
Même entre tes bras, aujourd’hui vertige.
Le souffrir d’aimer flamme perpétue
En moi l’incendie étend ses ravages
A rien n’a servi, ni le temps, ni l’âge
Mon âme, mon âme, où m’entraîne-tu ?
Où m’entraîne-tu
La Lampe du Tableau de bord c'est mon étoile du nord je vais très loin
auprès de moi, tu dors ou je suis seul ou tu me parles mais si loin
Je ne sais plus que les Gauloises avec les allumettes et le silence
Je ne sais pas où je t'emmène où nous arriverons
Je ne sais pas, j'ai avec moi toute ma nuit, ma peur
Toutes les filles que j'aimais, tous les amis perdus, la route est longue.
Mon amour. Mon amour. Il est toujours très tard et c'est toujours la nuit qui tombe.
Je fonce dans le noir avec de loin en loin l'appel des phares, les amis.
Mon amour la nuit glisse, il n'y a plus personne sur la route que la pluie.
J'ai oublié la carte, je ne sais jamais les règles du jeu mais qu'importe?
Je ne sais pas où je t'emmène où nous arriverons.
Je ne sais pas, j'ai avec moi toute ma nuit ma peur.
Le pleur des veuves immobiles au coin de leur maison, la route est longue.
Mon amour. Mon amour. Il est toujours très tard et c'est toujours la nuit qui tombe.
Une folle accouru vers moi les bras très blancs, le visage de chien.
Et j'ai vu de grands désespoirs d'enfants qui venaient boire dans mes mains.
Les femmes traquées dans les alcoves se taisent et s'inquiètent.
Je ne sais pas où je t'emmène où nous arriverons.
Je ne sais pas, j'ai avec moi toute ma nuit ma peur.
Dans les phares, j'ai cloué l'appel d'un christ inconnu, la route est longue.
Mon amour. Mon amour. Il est toujours très tard et c'est toujours la nuit qui tombe.
Un matin, nous arriverons, réveilles toi, dans un café glacé, un village désert
Il y'a des sanglots, des rêves sur les prés abandonnés, la vie des gens.
Des enfants qui vont à l'école et l'écharpe nouée des amitiées qui s'envolent.
Je ne sais pas si c'est le jour ou le ciel ou la vie.
Je ne sais pas, il fait grand clair et je m'en vais dormir.
Il ne me reste rien que mon amour tout fatigué tout triste.
Et quelque chose mais si peu un lièvre roux qui courait dans les phares.
Dans un bureau conditionné peut-être il y'aura eu une défaillance dans le calcul du compte des denrées ou une maladie balancée dans la chaîne alimentaire par un comptable sans pouvoir.
Il suffira d'une avarie presque minime ou que se casse une extrêmement flexible tige ou un miroir. Il suffira d'un signe dans le ciel, un oiseau immobile ou trois fois rien de différent dans l'intime de l'air.
Ce sera vers midi, il se fera un grand silence et tout de suite on entendra un cri de femme long comme sortis d'une voiture accidentée dans un décor de pluie. On vous aura annoncé votre mort à la télévision.
Il sera aussitôt et simplement trop tard, trop tard pour tout, pour la colère et pour le cri, trop tard pour la fuite et trop tard pour la révolte, trop tard pour le dernier bateau et pour la lutte et pour la vie.
La lumière s'éteints partout, les téléphones sonnent. Il souffle un joli vent vénéneux dans les hôpitaux déserts. Vous vous trouvez atteints par grappes et vous mourrez. Une réaction incontrôlable propage un gaz dans le ciel vert.
La misère lève son mufle vous vous jetez sur les routes. Pour la grande scène de l'exode qui cette fois finira mal. Il n'y a plus de refuge au bout de la route, plus de route, plus de sens de la marche, plus de marche à suivre, plus de sens.
Ah vous allez de plus en plus vite certainement à Lyon ou à New York dans de grand avions impassibles que lancent depuis des chapelles aseptiques des voies fabriquées. La misère vous la visitez en club dans des pays exotiques.
Dans les appartements bourgeois qui ont l'allure des scènes de théâtres où tout passe par le filtre du velours et de la convention. On manie l'argenterie, le mot d'esprit, le capital, et le concept et surtout sans jamais presque hausser le ton.
La bourgeoisie régnant papier crépon sur son royaume. Sûre d'elle-même de sa technologie, de ses oreilles de coton On ne sait pas trop où l'on va mais qu'importe quand on accroche sur le rôle on improvise et à dieu vat!
Les mots sont vides que vous récitez. Le théâtre donne dans les gréements sur le ciel par en haut. C'est une sorte de bateau fantôme qui a dans ses cales quelques petits milliards de nègres qui ont peur.
Monde factice. O monde sans raison monde fragile! O qui vit follement de sa fragilité! Qui trouve dans sa fuite un certain relatif équilibre et l'abîme comme un ventre attire les fous qui vont s'y damner.
Monde captif. O monde sans amour monde fragile! Brave gens qui vous êtes laissez draîner. Je veux répandre la terreur comme une marée patiente. Il reste peu de temps pour sauver le monde et vous sauver.
Il reste peu de temps pour la sainte colère. Je vous vois comme un cheval aux jambes brisées, les yeux fous, qui cherche à se lever, qui cherche une aide dans le ciel vide, autour de lui qui tourne et dans sa tête empalée.
Peuple Ah vous ne croyez plus beaucoup à l'amour ni à l'insolence. Si je dis peuple pourquoi derrière vous vous vous tournez? Quel est celui que par ce vocable suranné je désigne? La révolte vous semble affaire de maniaques ou d'enfants gâtés,
mais il y'a comme une sale maladie dans la joie, comme une crise de confiance en la qualité de l'eau du robinet. Peut-être que les fruits du coeur sont traités il y'aura toujours un doute. Tout d'un coup le soupçon s'installe et vous voilà parcouru par la frousse.
Terreur je veux, Terreur je veux répandre, comme un apport de sang dans l'organisme fatigué. Guerre sainte partout on vous avait confié des armes Qu'en avez vous fait? Souvenez-vous, qu'en avez fait?
Dites qu'avez vous fait de la parole qui est une braise ardente? On la prends à pleine main. On porte le feu. Dans les terres épuisées, dans les mauvaises blessures, dans les mauvais sommeils ou sur les yeux des gens qu'on veut aimer.
Je vais porter la guerre dans les journaux chez le vieil humanisme, las, qui s'avachit dans l'eau stagnante des chroniques et des marais. Des petits féodaux, le parapet vous n'y passez surtout jamais la tête On trahit gentiment derrière les sacs du courrier des lecteurs entassés.
Il nous faut des porteur de paroles avec des chenilles d'acier dans la tête pour conduire dans les vallées ce peuple hagard de jeunes gens. Dieu les protège et Dieu les guide et Dieu les aime Ils ont foyé le vieux monde corrompu d'un buisson brûlant.
Parole, pour porter des coups parce qu'il est grand temps, parole. La vérité, la vérité comme si la vie en dépendait. Parole, pour ouvrir un territoire avec des blessures fertiles. O parole! Avant que ne s'avance la saison.
Demain, il y'a un virus fabriqué par hasard. Des bateaux qui n'arrivent plus. Une ampoule qui claque à la régie finale. Une bombe de trop dans le magma central.
Je vous dis qu'il est temps. Ce monde est dans ce carnet qu'on referme. D'un geste las et qu'on écrase comme un coeur. Regardez s'envoler votre dernier bel avion magnifique.
Il s'en va errer dans la banlieue des "pourquoi comment". Ce monde on l'oubliera dites-vous bien très vite. Comme dans un éphéméride un chiffre parmi cent. Ce monde n'est déjà rien de plus qu'un graphisme misérable.
Dans quoi l'oeil et la raison cherchent ce qu'on pouvait y trouver. Maintenant que le livre se ferme sentez ce vide capital. Le ciel est désert. La terre bruit de cri désaccordés. Que se lèvent ici ceux qui ont de l'esprit pionnier dans la tête. Il va falloir dès ce soir tout recommencer.